Intervention de Pascale Boistard : colloque « Le sexisme au travail : entre déni et prise de conscience »

Seul le prononcé fait foi

Madame la secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes,
Mesdames, Messieurs,

Je suis ravie d’être avec vous ce matin pour ouvrir ce colloque sur un enjeu crucial : le sexisme au travail.
Permettez-moi d’emblée de saluer le travail remarquable effectué par le CSEP.
Le rapport publié l’année passée a permis une prise de conscience.
Il a porté à la connaissance du grand public ce phénomène et ses conséquences pour la vie des femmes et leur intégrité, leur carrière professionnelle.
Cette prise de conscience est d’abord nécessaire car elle pourra permettre de libérer la parole des femmes, autoriser enfin l’expression de leurs revendications face aux stéréotypes sexistes auxquelles elles sont confrontées.

Il faut le dire, les femmes font encore rarement part de ces problèmes à leur hiérarchie. C’est tout simplement parce que leur hiérarchie n’est pas à l’écoute ou tout simplement n’a pas de réponse à apporter. Le monde professionnel ne sait pas encore prévenir et répondre aux agissements sexistes.
C’est pourquoi nous avons engagé une première série de mesure pour que la lutte et la prévention contre le sexisme au travail soit complétement intégré dans toutes ses dimensions au sein des environnements professionnels. J’y reviendrai.

Je souhaite d’abord rappeler l’ampleur du sujet qui nous réunit aujourd’hui à travers les chiffres sur la prévalence des attitudes et comportements sexistes au travail :
– 80% des femmes salariées considèrent que, dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes ;

– 42 % des femmes affirment avoir entendu des compliments sur leur tenue ou leur physique qui les mettent mal à l’aise et 80% disent avoir été témoins de blagues sur les femmes et, pour la moitié d’entre elles, en avoir été la cible.
Le sexisme a des répercussions graves sur le bien-être des femmes au travail, sur leur carrière professionnelle, en premier lieu parce qu’il affecte la confiance en soi :

– Ainsi, 90% des femmes interrogées dans votre enquête considèrent qu’il est plus facile de faire carrière pour un homme que pour une femme ;

– Près de 40% des femmes en situation de management ont le sentiment qu’on a à leur égard des attentes de comportements managériaux spécifiques ;

– La moitié des femmes à temps partiel ont déjà entendu des remarques culpabilisantes sur leur investissement professionnel ;

Pour moi, je vois dans ces phénomènes décrits par les chiffres une atteinte à l’intégrité morale des femmes avec des conséquences personnelles et professionnelles qui peuvent être très grave dont on ne mesure pas encore aujourd’hui toute l’ampleur.

Vous avez décidé de souligner la prise de conscience avec cette journée. Je pense que vous avez résumé le chemin parcouru depuis l’année dernière.
Cette journée doit permettre de franchir un palier supplémentaire dans la reconnaissance du phénomène, l’appropriation des dispositifs existants, les pistes pour les améliorer.
Madame la secrétaire générale, chers membres du CSEP, votre rapport propose des pistes d’actions concrètes en touchant tous les publics susceptibles de s’attaquer sérieusement et concrètement à ce problème que je considère d’ordre public ou plutôt contraire à l’ordre public français.

Depuis la remise de ce rapport, plusieurs avancées sont à noter, en réponse aux recommandations du rapport :

1/ l’agissement sexiste a été posé dans le code du travail par la loi du 17 août 2015 relative au dialogue social (dite Rebsamen) par l’article L1142-2-1 qui dit: « Nul ne doit subir d’agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d’une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ».
Cette notion renvoie à la disposition contenue au 1° de l’article 1er de la loi du 27 mai 2008 relative à l’«agissement à raison du sexe». L’évolution de la terminologie « agissement à raison du sexe » en «agissement sexiste» (et sa codification) était une recommandation du rapport sur le sexisme.

2/ la lutte contre les stéréotypes de genre et le sexisme a été intégré dans les cahiers des charges des labels « Égalité et diversité » ce qui été une autre recommandation du rapport.
A travers le nouveau socle commun des labels Egalité et Diversité, élaboré en 2015, une partie a été dédiée à la lutte contre les stéréotypes dans le domaine d’action « Communication interne, sensibilisation, formation ». Elle dit :
« L’Organisme lutte par des mesures dédiées contre les stéréotypes dans les relations de travail et dans la gestion des ressources humaines (recrutements, actions en faveur de la mixité professionnelle, accompagnement du retour en poste après un congé parental, conditions de travail…) dans la mesure où ceux-ci sont susceptibles d’entraîner des inégalités professionnelles.
L’Organisme fait la promotion d’une politique en faveur de l’égalité et de la mixité professionnelles et/ou d’une politique en faveur de la diversité, par des actions en matière de communication, de sensibilisation, de formation. »
Le module complémentaire lié au label Egalité Professionnelle précise que: « ces actions portent tout particulièrement sur la lutte contre les stéréotypes, les propos et les attitudes sexistes. L’organisme précise les actions déjà réalisées et celles qu’il envisage de mener, notamment en matière de prévention des différentes manifestations du sexisme ».

3/ Enfin, l’organisation de ce colloque répond à une troisième recommandation de votre rapport.
Je n’oublie pas tout le travail réalisé depuis mars dernier, notamment en matière de sensibilisation et de mobilisation des réseaux d’entreprises et des organisations syndicales, mais aussi sur l’échange de bonnes pratiques, sur la formation à destination de l’ensemble des salariés des entreprises, des managers aux organisations syndicales, en passant par les agents, aux caractéristiques et aux conséquences du sexisme.

Il reste beaucoup à faire ! (…) mais nous avons là des leviers structurants pour nos actions.
Je souhaite fixer un cap pour cette année afin que toutes vos propositions puissent faire l’objet d’une pleine appropriation, qu’elles puissent être discutées dans les lieux de travail et pour qu’elles puissent être pleinement intégrées dans le monde professionnel.

Comme je l’ai dit, je considère le sexisme au travail comme une atteint à l’intégrité morale des femmes. Lorsqu’on touche à l’intégrité, le cap, c’est la tolérance zéro.
C’est pourquoi, je souhaite consacrer une journée de sensibilisation à ce thème, et pourquoi pas le faire lors de la semaine de l’égalité professionnelle.

Cette journée sera l’occasion pour les salariés, les organisations et les réseaux de mener des actions dans les lieux de travail. Cela doit tout simplement permettre aux femmes d’exprimer leurs revendications à ce sujet, de libérer la parole.
Je vous fais confiance pour vous saisir de ce moment pour organiser les moyens de faire passer vos propositions et vos messages. Vous pouvez compter sur mon soutien et celui du gouvernement. Je vous remercie.

Le discours au format PDF