Discours de Pascale Boistard en clôture du séminaire « Quel avenir pour les femmes de plus de 45 ans ?» organisé par l’association Force Femmes (10/09/2015)

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Seul le prononcé fait foi

Madame la directrice générale de l’emploi et de la formation professionnelle, Mme Wargon,
Madame la présidente de Force Femmes, Mme Holder,
Mesdames et messieurs,

Je me réjouis de votre présence au ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, pour présenter l’étude réalisée pour Force femmes et la DGEFP sur l’emploi des femmes de plus de 45 ans.

De manière générale, l’emploi des femmes est un thème essentiel : même si des progrès considérables ont été réalisés, leur taux d’emploi est encore inférieur de 8 points à celui des hommes. Et, si les taux de chômage des femmes et des hommes sont quasiment similaires, les femmes sont plus nombreuses dans le « halo » du chômage : inactivité, activité à temps partiel subi.

Au-delà de 45 ans, ces inégalités se cumulent avec les inégalités d’âge, dans notre société qui dévalorise l’expérience professionnelle au profit de la jeunesse.

Or, ces inégalités constituent une perte de chance, à tous les niveaux et en premier lieu au plan économique.

Les travaux de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique) le montrent : la parité de participation au marché du travail conduirait à un surcroît de croissance du PIB de 0,4 point par an.

L’enjeu est donc important. En lisant les résultats de votre étude, j’ai été frappée par plusieurs points qui me semblent conforter, c’est heureux, la politique que je conduis, en collaboration avec le ministère de Mme El Khomri, pour favoriser l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.

  • Le premier point est la question des charges familiales.

Les femmes que vous avez interrogées ne sont, la plupart du temps, plus en situation d’avoir de jeunes enfants. Toutefois, les charges familiales qui ont pesé sur leur début de carrière, et l’arrivée au grand âge de leurs parents, continuent de freiner leur carrière. Vous le savez, notre gouvernement travaille sur ce thème, à la fois pour offrir plus de soutien public aux familles pour gérer les jeunes enfants et les plus âgés, mais aussi pour que hommes et femmes partagent plus les responsabilités privées. C’est dans cet esprit que la loi du 4 août 2014 a imposé le partage du congé parental entre les deux parents.

  • Le second point qui m’a frappé est le poids des stéréotypes, dans les représentations des femmes comme des employeurs.

Ce sont eux qui poussent les femmes plus largement vers les métiers « classiquement » occupés par des femmes – qui ne sont pas nécessairement les plus pourvoyeurs d’emplois. Ce sont eux qui donnent aux employeurs l’idée erronée que les femmes sont moins disponibles et moins ambitieuses. Les conséquences en sont lourdes sur les carrières, voire sur l’ambiance au travail.

Or, cette question des stéréotypes est d’une très grande complexité car ils ne se trouvent pas seulement dans les entreprises, mais partout dans nos vies : dans les séries télévisées, dans les publicités, dans le monde du travail, dans nos vies privées, dans les manuels scolaires.

C’est pourquoi mon action s’attache à lutter contre ces visions caricaturales des femmes et des hommes dans tous les domaines et avec tous les acteurs. En travaillant avec le CSA, nous allons accroitre la présence des femmes dans les émissions de télévision comme expertes ou comme actrices principales des séries. En travaillant avec les annonceurs et les publicitaires, nous allons réduire les visions stéréotypées des femmes et des hommes dans les messages de communication. En travaillant avec les entreprises, nous allons modifier les organisations et les relations de travail pour que le sexisme n’ait plus sa place dans le monde professionnel.

  • Le troisième élément que j’ai noté est le poids de l’autocensure des femmes.

Je le remarque sans cesse : les femmes, aussi diplômées et compétentes que les hommes, osent moins qu’eux postuler à des postes prestigieux, ou se lancer dans l’aventure entreprenariale. Il existe des initiatives privées tels les réseaux de femmes, que mon ministère soutient. Mais une autre des réponses que nous apportons à cette timidité acquise – car elle n’est certes pas innée ou naturelle – des femmes est le plan entreprenariat au féminin.

Ce plan vise à faire passer le pourcentage de femmes parmi les entrepreneurs de 30 à 40%. Parmi les actions de ce plan, que connait bien Force Femmes pour y être un partenaire très actif, figurent l’aide au financement, l’accompagnement, mais aussi la sensibilisation et la mobilisation. Il faut montrer à toutes les femmes que leurs ambitions, leurs projets, sont possibles.

Et c’est pourquoi je profite de notre rencontre pour vous réaffirmer, non seulement le soutien de mon ministère, mais aussi vous dire que votre action est indispensable. Car, en 7 ans d’activités, vous avez accompagné plus de 13 500 femmes, par le biais de votre réseau de bénévoles dans toute la France. 30% d’entre elles ont retrouvé un emploi durable en 2012 et 350 ont créé leur entreprise depuis 2008. Comme quoi, vous le prouvez, il n’y a pas de fatalité.

Votre réseau, Force Femmes démontre aux sceptiques et aux défaitistes que les femmes avancent ensemble, lorsqu’il le faut et que le partage d’expériences et de compétences au profit de toutes engendre des résultats tangibles.

Enfin, je ne peux conclure un colloque dont le public est partiellement composé de responsables de ressources humaines et de services de l’Etat sans vous parler des accords pour l’égalité.

Vous le savez, la loi impose aux entreprises dès 50 salariés de disposer d’un accord sur l’égalité professionnelle. Pour cela, elles doivent constituer un diagnostic, enrichi depuis la loi du 4 août 2014 d’indicateurs de santé sécurité et de déroulement de carrière. Les modalités de constitution de ce diagnostic ont été rénovées par la loi sur le dialogue social, prenant désormais la forme d’une base de données unique. Sur la base de ces constats, les entreprises doivent constituer des plans en faveur de l’égalité professionnelle.

Pourquoi évoquer ce point alors que le sujet du jour est le chômage des femmes de plus de 45 ans ? Précisément car une partie des raisons du chômage de ces femmes réside dans la gestion préalable de leur carrière : celles qui n’ont pas bénéficié de promotions, de formations continue – les femmes bénéficient de moins de formation que les hommes – sont de fait plus souvent mises à l’écart dans l’entreprise, leurs compétences comme leur motivation s’érodant avec le temps.

La prévention de ces situations, par la constitution d’une égalité réelle en entreprise, constitue un levier de dynamisation des secondes parties de carrière. C’est pourquoi je ne peux que vous inciter, mesdames et messieurs les DRH, à bien travailler vos plans pour l’égalité, et mesdames et messieurs des directe à accompagner pleinement les entreprises sur ce chemin !

Car les femmes ne veulent plus rester coincées entre la pantoufle et le plafond de verre ! « L’admission des femmes à l’égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain. » ( Stendhal)

Je vous remercie pour ce travail, et vous souhaite une bonne fin de journée