Intervention de Pascale Boistard lors du forum national Parité organisé par la Chambre de Commerce et d’Industrie – CCI France : « Femmes d’entreprises. Quels engagements pour quelle représentation ? » (25/01/2016)

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Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Président,
Madame la Présidente,
Mesdames et messieurs les élus, les représentant(e)s d’organisations patronales, chefs d’entreprises, les directeurs/rices et collaborateurs/rices,
Mesdames, messieurs,

Je voudrais tout d’abord vous souhaiter une belle année 2016.

Nous venons de vivre une année des plus difficiles. Les événements de cette année, nous montre à quel point il est important de continuer de promouvoir notre idéal et nos principes de liberté, d’égalité et de fraternité/sororité.

Je souhaite également vous féliciter pour l’organisation de ce forum national des CCI sur la parité.

Vous voir réunis si nombreux et si nombreuses aujourd’hui autour de ce thème atteste déjà d’un mouvement en marche au sein de l’économie française.

Monsieur le Président, je vous félicite d’avoir insufflé la dynamique en faveur de l’égalité au sein du réseau.

Vos initiatives pour la création de correspondants parité, la nomination de Madame Picard en tant que référente nationale, vont grandement contribuer à la présence des femmes, et au renouvellement du réseau consulaire (…) et ainsi, à sa modernisation.

Car, sous l’impulsion de la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, les prochaines élections permettront une implication accrue des femmes,  dont la portée, je l’espère,  se situera entre 30 et 50 % de vos membres

Cela demande l’implication de toutes et tous. Je tiens à saluer l’engagement des toutes les personnes qui au sein du réseau consulaire œuvre pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Cet engagement il se traduit par des mobilisations de grande ampleur comme aujourd’hui, mais aussi par vos actes quotidiens, à l’échelle locale.

En effet, les défis auxquels l’économie française doit faire face dans la mondialisation sont importants. Plus que jamais aujourd’hui, nous devons penser global et agir local.

Le Président de la République l’a rappelé dans ses vœux aux acteurs économiques et de l’emploi le 18 janvier au CESE. Le monde change à une vitesse vertigineuse et nous sommes au cœur d’une gigantesque mutation dont nous devons mesurer toute l’ampleur.

Face à ces changements, la France doit être force de proposition. Elle doit défendre un modèle. Et pour convaincre de la pertinence de ce modèle, elle doit être exemplaire. A travers votre engagement pour l’égalité femmes-hommes et la parité, vous montrez l’attachement des acteurs économiques français à l’éthique.

Mais vous l’avez aussi compris, l’égalité femmes-hommes n’est pas qu’un principe éthique et politique, c’est aussi un critère d’efficacité de nos politique économiques, sur le long terme.

La mondialisation que nous défendons, c’est une mondialisation du développement durable. La France doit s’inscrire dans la mondialisation avec un modèle économique performant, un modèle social qui garantisse la sécurité des travailleurs et l’égalité femmes-hommes, un développement économique sur le long terme, qui assure la préservation de l’environnement.

Vous savez le succès pour lequel la diplomatie française a été unanimement saluée, la COP21.

Là encore, notre pays à œuvrer pour inscrire l’égalité femmes-hommes au cœur des principes de l’accord de paris, un accord historique.

La lutte contre le changement climatique va profondément modifier les décisions d’investissement des entreprises comme des ménages.

Nous devons en tirer toutes les conséquences si nous voulons que notre pays garde son rang et prenne toute sa place dans cette nouvelle étape de la mondialisation.

 

En France, le gouvernement est d’ores et déjà mobilisé sur cette question. Nous lancerons dès 2016 une étude prospective sur les emplois et formations prioritaires pour la transition écologique, sous l’angle de l’égalité professionnelle.

 

L’objectif est de créer des modalités pour favoriser la mixité des métiers à l’horizon 2020.

 

(…)

 

La France continue d’assurer un leadership sur la scène internationale et notamment à travers sa diplomatie des droits des femmes.

 

J’étais avec le Président de la République à l’ONU en septembre dernier pour l’adoption de l’agenda du développement durable dont les droits des femmes et leur participation à la vie politique, économique et sociale est un objectif transversal. C’est aussi grâce à la France qui en avait fait une priorité.

 

Nous serons en mars à New-York aux Nations Unies avec la société civile française, et je l’espère des acteurs économiques,  pour faire valoir notre vision du développement durable.

 

Vous devez vous en convaincre, l’égalité est au cœur de l’image de la France. Nous souhaitons que le monde économique véhicule cette image qui contribue au rayonnement de la France dans le monde.

Les chantiers, que j’ai engagé en 2015 ont été menés à bien. Ils concourent à l’amélioration de la condition des femmes, à une meilleure représentativité et une meilleure sécurité pour les femmes.

– Un an après sa promulgation, la quasi-totalité des textes réglementaires nécessaires à sa mise en œuvre de la loi du 4 août 2014 pour l’Egalité réelle entre les femmes et les hommes a été publiée.

 

– L’égalité femmes-hommes implique tout le gouvernement à travers les feuilles de route de l’égalité des ministères en matière d’égalité.

En 2015 le Gouvernement a été pleinement mobilisé pour l’égalité femmes-hommes et notamment en matière de parité et d’égalité professionnelle.

En matière de parité politique, nous avons célébré cette année le 70e anniversaire du premier vote des femmes. 70 ans après, les avancées sont nombreuses et nous pouvons nous en réjouir.

 

La parité c’est le troisième combat pour l’égalité politique,  avec le droit de vote et le droit à l’éligibilité.

 

La parité c’est donner aux femmes et aux hommes la même possibilité d’agir et de décider.

 

La réforme constitutionnelle de 1999 et les lois dites de parité forment des leviers majeurs pour que les femmes soient également représentées dans les sphères politiques, mais aussi dans les instances économiques et sociales.

(…)

La parité est devenue un champ à part entière, qui s’applique dans tous les domaines :

 

– de la représentation politique du gouvernement jusqu’aux assemblées locales ;

 

– de la gouvernance qu’il s’agisse des conseils d’administration des structures publiques ou privées ;

 

– dans les instances de représentations syndicales, de fédérations sportives, les ordres professionnels, les chambres consulaires (…)

 

Les lois encadrent l’accès des femmes aux responsabilités dans tous les domaines. Nous devons maintenant assurer le suivi et le contrôle de l’application de la loi. C’est essentiel. Mais au-delà des lois, il faut des mesures incitatives, de la volonté et du dynamisme.

 

Le HCE me remettra son rapport sur la parité dans les conseils d’administration le 25 janvier prochain. Je peux vous en livrer quelques chiffres en avant-première … car ils sont plutôt encourageants !

 

– dans les conseils des entreprises privées côtés au CAC 40, la part des femmes a triplé entre 2009 et 2015.

 

– La France se place désormais en tête des pays de l’Union européenne avec 34% de femmes dans les conseils de ces entreprises.

 

– Plus de 20 entreprises ont déjà dépassé le seuil des 40%. Nous étions bon derniers, nous sommes aujourd’hui en tête du classement européen. Le mouvement est en marche, je m’en félicite !

 

– En revanche, pour les petites entreprises (non côtés) la proportion de femmes dans les conseils n’est que de 15 %. C’est sur cette cible que va désormais se concentrer notre action. Les CCI peuvent nous y aider.

 

C’est un formidable vivier pour vos CCI qui est en train de se constituer.

 

Je le disais : la volonté d’agir est fondamentale. Il faut que les organisations et les corps intermédiaires se mobilisent pleinement.

Il faut maintenir la dynamique, encourager les initiatives,  assurer une appropriation complète des objectifs de parité.

 

La parité doit-être perçue comme une dynamique positive et non pas comme une contrainte. C’est comme cela que nous atteindrons nos objectifs.

 

Je le souligne encore. La parité est un impératif éthique mais aussi un instrument pour la performance économique. Il s’agit du premier levier vers l’égalité professionnelle en favorisant l’accès des femmes à l’emploi, la réduction des écarts de salaires, la mixité des métiers, ou le développement de l’entrepreunariat féminin.

 

Les entreprises cotées du CAC 40 l’ont bien compris.

 

Permettez-moi de citer ici le travail remarquable qui a été effectué par Sodexo, qui est en tête du palmarès des entreprises 2015 pour la féminisation des instances dirigeantes. A travers une étude au sein du groupe, et des données recueillies auprès de 50 000 managers de 80 pays, Sodexo a démontré avec précision que la mixité des équipes managériales a un impact sur la croissance interne, le résultat opérationnel, les liquidités générées mais aussi que l’engagement des collaborateurs et la fidélisation des clients.

 

Cette étude révèle par exemple que :

 

– les entités avec des équipes équilibrées ont été 23 % plus susceptibles de voir leur marge brute progresser ;

– ou que les entités équilibrées ont été 13% plus susceptibles de voir leur croissance interne progresser.

 

L’égalité professionnelle est un autre domaine phare de notre action, sur lequel la France avance, et même sur lequel elle est en avance sur ses voisins européens … vous devez en être fiers !

Sur l’entreprenariat des femmes, nous avançons également : vous le savez, le plan pour l’entreprenariat des femmes fixe un objectif de 40% de femmes parmi les créateurs d’entreprise. Pour cela, j’ai notamment annoncé le 16 juin une amélioration du Fonds de garantie à l’initiative des femmes. Nous ne devons pas relâcher nos efforts. Il faut là aussi amplifier la mobilisation et fédérer l’ensemble de la société pour la réduction des inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes.

Mesdames et messieurs, monsieur le Président, madame la Présidente, sur tous ces aspects, nous comptons pleinement sur la capacité de mobilisation et sur l’esprit d’innovation du réseau consulaire.

 

Les prochaines élections doivent permettre de faire un véritable bond en avant, un saut quantitatif et qualitatif.

 

Ce progrès est à votre portée. Je ne doute pas de votre mobilisation. Il faudra bien entendu rappeler les obligations légales fixées par la loi du 4 aout 2014 et les appliquer.

 

Pour les prochains scrutins d’octobre-novembre, les candidats à l’élection des membres des CCI de région et son suppléant devront être de sexe différent. Cela signifie que nous aurons autant de candidates (qu’elles soient titulaires ou suppléantes) que de siège à pourvoir. Pour parvenir à la pleine réalisation de la parité, il faut absolument faire en sorte que le maximum de femmes soit positionné en tant que titulaires : ce sera la garantie d’une pleine application de la parité, et aussi d’une mobilisation des femmes dans vos assemblées.

 

Pour assurer l’appropriation de l’objectif de parité, il faudra sensibiliser les membres du réseau sur les aspects éthiques de la parité, mais aussi sur les arguments de performance économique, de meilleure gouvernance.

 

J’invite les CCI à faire campagne en ce sens. Vous pouvez compter sur le gouvernement pour appuyer vos démarches.

 

Je me tiens à votre disposition pour définir les contours d’une action conjointe.

 

Je vous remercie.