Jean-Pascal Charvet : “ringardiser les stéréotypes”.

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Le Directeur de l’ONISEP (Office National d’Information sur les Enseignements et les Professions) répond aux questions de www.famille-enfance-droitsdesfemmes.gouv.fr et donne son point de vue sur les priorités du nouveau ministère des Droits des femmes.

Comment accueillez-vous la création d’un Ministère des Droits des femmes de plein exercice au sein du gouvernement Ayrault ?

C’est un acte politique fort et qui fait naître un grand espoir. Une inscription dans l’histoire de notre pays aussi : la reconnaissance sereine de ce que ces « droits » sont encore en devenir et que la parité est toujours à construire.

Disons le franchement : si l’inter ministérialité peut être intéressante sur le fond, l’expérience montre qu’elle n’est guère opérationnelle. Le fait que la ministre soit de plein exercice et non pas en position de “seconde” ,” de déléguée” , ou d’” adjointe” est essentiel. Le terme de “droits ” est lui aussi important : il réaffirme que l’égalité dans la formation et dans le travail est quelque chose d’exigible, de garanti par la loi. L’on répond ainsi aux questions concrètes et précises que posent à notre société les jeunes d’aujourd’hui. Nous avons en effet à relever un défi majeur dans le domaine de l’éducation, tant du côté des filles que des garçons : lutter contre les stéréotypes de genre, tout en préparant concrètement dans la formation initiale l’égalité professionnelle de demain.

Le Ministère du droit des femmes, au delà de son activité administrative et juridique, est pour nous, un catalyseur sensible et intellectuel de savoirs, d’expériences et d’actions. Il aura au travers de ses activités, comme, par exemple le lancement du site femmes@gouv.fr, un impact fort sur les pratiques innovantes de l’éducation, il inspirera de nouvelles approches, d’autres modalités d’échange. Ce nouveau ministère peut représenter un espace de travail et de réflexion particulier et à part entière, et en même temps être un lieu d’apprentissage et de découverte participative de l’égalité, pour tous les publics, et en particulier celui des élèves, des étudiants des enseignants et des parents.

L’ONISEP s’est engagé pour l’égalité entre filles et garçons, de l’école à l’enseignement supérieur. Pouvez-vous nous décrire vos actions ?

Il nous a fallu d’abord, en interne, commencer par instaurer la parité dans les équipes de direction, et briser ainsi le plafond de verre qui existait au sein de l’Onisep, en reconnaissant indistinctement les compétences.

Nous sommes passés en ce qui concerne la lutte contre les stéréotypes de genre, de la vigilance dans l’ensemble de nos productions, pour les photos, témoignages, rédaction et vidéos, à une stratégie volontariste : lutter contre le refus souvent inconscient de penser la question du genre et les pratiques de l’orientation à ce sujet. Car, il faut le dire fortement, ce sont les inégalités d’orientation qui, plus que les inégalités de réussite, forgent les inégalités de carrière entre les sexes.

Nous sommes ainsi membres du Comité de Pilotage Convention pour l’égalité entre les filles et les garçons et avons travaillé en collaboration avec le Service du Droit des Femmes tant au niveau national pour des actions en matière de féminisation des noms de métiers qu’au travers de nos délégations régionales. On peut citer les Délégations Régionales de Nancy, de Nantes, de Clermont-Ferrand, de Grenoble, et de Rouen avec la réalisation en 2012 d’un dossier avec les 3 fédérations du bâtiment BTP et maintenance industrielle.

Nous avons créé le site « Sur le chemin de la mixité » et y avons valorisé les témoignages de jeunes filles dans des métiers dits masculins et ceux des hommes dans des métiers dits féminins, comme sur le reste de l’espace Onisep.fr, fort de ses 4 millions de visites mensuelles. De fait insister sur l’orientation des filles sans prendre en compte celle des garçons, c’était à mes yeux renforcer l’idée que le sexe est déterminant dans ce domaine et sous-entendre une hiérarchie implicite, et plus grave encore, ne voir que l’intérêt « économique » à la venue des filles dans certaines filières dites aujourd’hui moins attractives.

Nous proposons en ce sens une charte éditoriale – d’ailleurs fort bien acceptée – à nos partenaires dans le cadre des publications (Zoom) et des vidéos (clips métiers), qui implique la présence égale de femmes et d’hommes dans les témoignages. Nous travaillons également en ce moment avec nos documentalistes web à permettre la recherche numérique des métiers à partir de noms féminins grâce à une indexation de tous les métiers sur la forme féminine non seulement sur le site de l’Onisep, mais dans Google également. Nous avons relayé aussi les travaux de la Commission de l’Image de la femme dans les media, en particulier sur la question des femmes expertes, et nous préparons pour le début 2013 un dictionnaire gratuit à destination des enseignants de collèges et de lycées : OSER LES SCIENCES, où les stéréotypes seront malmenés. Mais, en dépit de ces nombreuses actions, nous ressentons aujourd’hui le besoin d’aller plus loin, vers une stratégie d’ensemble, forte et continue.

Sur le long terme, quels sont vos objectifs pour permettre l’égalité réelle et la fin des tabous et des stéréotypes ?

D’abord travailler étroitement avec nos ministères de tutelle et le Ministère du Droit des Femmes, à développer nos actions en synergie, en étant particulièrement vigilant au cumul des discriminations : sociales et de genre.

Il nous faut en effet travailler en profondeur, si l’on veut faire bouger les représentations et ringardiser les stéréotypes. Les choix sexués en orientation sont toujours importants – certaines options de Sciences et Technologies de l’Industrie et du Développement Durable (STI2D) sont peuplées à 90% de garçons et la réciproque est vraie pour les filières sanitaires et sociales. Travailler sur la question des choix d’orientation des filles et des garçons c’est d’abord faire en sorte qu’ils soient armés pour maîtriser et démonter les stéréotypes de genre. Et cela demande un effort « pédagogique », long, patient et tenace de tous les partenaires.

C’est pourquoi nous allons créer dès juin 2012 à l’Onisep un pôle Parité à partir de nos délégations régionales de Nantes, Orléans, Rouen, et Nancy.

Nous allons également, avec nos délégués régionaux, désigner, dès juillet 2012, un référent « Parité », dans chaque délégation régionale de l’Onisep, qui sera en lien étroit avec le chargé de mission « Parité » du Service académique d’Information et d’orientation qui existe dans la plupart des rectorats afin de travailler à la création de ressources pédagogiques spécifiques en liaison avec le réseau de l’Inspection. Les conseillers des recteurs pour l’orientation qui sont aussi les directeurs de nos délégations régionales constituent en effet un relais fort pour les actions et la circulation efficace de l’information au plus près des régions et du système éducatif, mais aussi en direction des parents qui sont des partenaires naturels de l’Onisep.

Nous allons créer également pour la rentrée 2012 en lien étroit avec les Ministères de l’Education nationale, de la Réussite éducative, de l’Enseignement supérieur, et le Ministère du Droit des Femmes, un site régional/national, sur cette question des choix d’orientation liés au genre : il sera centré sur l’égalité professionnelle et sur l’égal accès aux formations et aux métiers. Ce site ne sera pas « hors sol », mais relié étroitement à nos Délégations ainsi qu’aux acteurs régionaux et aux associations. On y entrera par sa région et il sera couplé avec notre service de réponse par mail, tchat, et téléphone, monorientationenligne.fr, lui aussi inscrit au cœur des régions.

Ce n’est en effet qu’en partenariat avec le Ministère des droits des Femmes et avec un maillage au plus près des territoires que cette égalité réelle prendra corps.