Les femmes au Jeux Olympiques : Entretien avec Annie Sugier, Présidente de la Ligue du Droit International des Femmes

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Selon vous, la décision de la FIFA remet en question les règles universelles des Jeux Olympiques, pour qu’elle raison ?

Le sport moderne se caractérise par des règles très concrètes et très strictes afin que les  performances des athlètes puissent être comparées sur les mêmes bases. Il se caractérise aussi par la promotion de principes éthiques universels, comme le refus de toute discrimination et la neutralité politique ou religieuse. C’est à ce titre, que le sport, peut être ce « langage universel par excellence », selon les termes de la Charte de l’UNESCO, dépassant les différences culturelles et religieuses.

Ainsi la Loi 4 de la FIFA mais aussi la règle 50 de la Charte Olympique, interdisent aux athlètes, quel que soit leur sexe, d’arborer des signes exprimant leurs conviction politiques, religieuses ou personnelles.

Faire une exception pour certaines femmes en levant l’interdiction du port du hijab islamique non seulement fausse les conditions de la performance, mais stigmatise le corps de certaines musulmanes et met en danger les femmes musulmanes qui appliquent la règle.

C’est bien le sens universel du sport qui est bafoué au profit du relativisme culturel.

Pourquoi ce traitement spécifique pour (contre) les femmes ?

La raison affichée est la « compassion » dont on devrait faire preuve à l’égard des femmes des pays islamistes privées sans cela du droit fondamental de faire du sport. Comme si on devait s’incliner devant le fait que le droit des femmes est toujours soumis à condition.

Plus prosaïquement, les instances sportives internationales, cèdent aux exigences des pires dictatures de ce monde, celles des pays islamistes, oubliant que les pionnières du sport féminin dans les pays sous loi musulmanes courraient en short, tête et bras découverts, malgré les menaces des intégristes. Leurs noms font partie de l’histoire : la Marocaine Nawal El Moutawakel en 1984 à Los Angeles, ou l’Algérienne Hassiba Boulmerka, en 1992 aux JO d’Atlanta, alors que son pays était ravagé par la guerre civile et que les islamistes voulaient interdire le sport pour les femmes.

Les instances sportives internationales cèdent face à une stratégie savamment mise au point par la République islamique d’Iran, qui avec l’accord du Comité International Olympique, fît entrer dans le stade Olympique, dès 1996 aux JO d’Atlanta, la première femme voilée de la tête aux pieds comme « porte drapeau » de sa délégation. Une façon éclatante de « propager au niveau mondial, la culture du hijab et de la modestie pour les femmes ».

Les règles fondamentales du sport sont appliquées de façon implacable lorsqu’il s’agit des  hommes. Ainsi, quand les Noirs américains, Tommy Smith et John Carlos, aux JO de Mexico en 1968 ont levé leur poing ganté de noir pour signifier leur solidarité avec les Blacks Panthers, ils ont été exclus et cassés à vie. Quand l’Afrique du Sud pratiquait l’apartheid racial, elle a été exclue pendant 30 ans, personne ne s’est posé la question des carrières brisées des athlètes blancs dont certains étaient contre l’apartheid : la cause de la lutte des Noirs  méritait ce sacrifice.

Ne pas respecter la règle  quand il s’agit des femmes c’est considérer que la cause de la libération des femmes n’est pas importante, que les femmes sont toujours marginales dans le monde du sport, que l’universalisme c’est bon pour les hommes et pas pour les femmes.

Quelles sont vos revendications ?

Nous exigeons comme le prévoient les règlements sportifs, une application stricte de leurs dispositions,  sans distinction de sexe. Plus précisément, nous avons élaborée et publiée une brochure «  Londres 2012 : Justice pour les femmes »,  destinée au Mouvement Olympique.

Nous y formulons sept revendications que nous porterons à Londres le 25 juillet, deux jours avant la cérémonie d’ouverture des JO.  Ces revendications sont soutenues par le Lobby Européen des Femmes, un réseau comportant plus de 2000 associations.

– Trois revendications portent sur les discriminations « ordinaires » : parité dans les disciplines et les épreuves Olympiques ; présence d’au moins 20% de femmes dans les instances dirigeantes et fixation d’objectifs précis pour atteindre la parité ; même reconnaissance et visibilité pour les sportives et les sportifs : à titre symbolique, nous demandons au Président du CIO qu’il remette personnellement la Médaille d’or à la marathonienne  comme il le fait pour le marathonien.

– Trois revendications visent la ségrégation fondée sur le sexe : bannir les délégations composées uniquement d’hommes ; appliquer strictement la règle de neutralité en refusant le port des signes politico-religieux, exiger du CIO qu’il cesse d’apporter sa caution aux jeux internationaux de la ségrégation organisés par Téhéran tous les 4 ans  pour les femmes).

– Une revendication plus globale a pour objectif de rappeler  l’idéal affiché par la Charte Olympique qui est de construire un monde meilleur », ce qui implique de lutter contre les stéréotypes et les violences liées au genre ou au handicap (sexisme, homophobie, transphobie, ségrégation entre JO et Jeux Paralympiques,   prostitution autour de Jeux).

 

Annie Sugier

Présidente de la Ligue du Droit International des Femmes, membre de la CLEF (Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes)
http://www.ldif.asso.fr

Auteure de « Femmes voilées aux JO » ed Jourdan, 2012