Vœux de Pascale Boistard aux actrices et acteurs des Droits des femmes

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Boistard / Orangerie

 

Seul le prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Excellences,
Mesdames et Messieurs représentants des associations,
Mesdames et Messieurs,

Merci de votre présence nombreuse, ce soir. En ce début d’année, en cette période de vœux, c’est à un moment de réflexions et de mobilisation auquel j’ai voulu vous convier. C’est un moment de partage et d’émotion, à travers cette exposition « Qui a peur des femmes photographes », qui met en lumière 160 femmes photographes et quelques 400 clichés. Des femmes qui se sont emparées de l’objectif pour témoigner et sortir de l’invisibilité, qu’elles-mêmes et leurs contemporaines ont subie. Pour la première fois, ces femmes, talentueuses, sortent de l’ombre, elles qui ont mis en lumière leur époque et leurs contemporains. Elles créent elle-même le chemin qui les fera rentrer dans l’Histoire.

Au-delà du symbole, cette exposition nous prouve que le combat n’est jamais terminé et que nous avons des défis à relever. Des avancées à accompagner.

Nous le faisons, chacune et chacun à notre manière, au quotidien.

Partout dans le monde, et à des stades différents, les femmes tentent de faire entendre leurs voix. Pour le bien commun, et non pas dans un esprit de revanche et d’écrasement, comme voudraient le faire croire certains.

Ces revendications d’égalité, de voix au chapitre sont encore loin d’être partagées. Et pourtant, l’égalité ça change la vie !

Construites autour de schémas patriarcaux et verrouillés, nos sociétés s’épuisent, à force de mettre leur énergie à faire perdurer une domination. Elles s’assèchent et s’appauvrissent. Car on ne peut pas impunément se couper de l’intelligence de la moitié du monde, sans que cela ait des conséquences.

Concernant les droits des femmes, j’ai coutume de dire et de penser que, lorsqu’on cesse d’avancer, on ne fait pas du « surplace », on recule !

Permettez-moi donc de rendre hommage, en ouverture de mon propos, à celles qui, partout dans le monde, ici et ailleurs se battent, témoignent, font bouger les lignes. Pour expliquer, faire changer, rendre visibles. Parfois au péril de leurs vies.

Parce que sortir de chez soi est une résistance.

Parce qu’aller à l’école, ou à l’université est une résistance.

Parce qu’être soi, tout simplement, est une résistance.

Ici, au cœur de cette exposition « Qui a peur des femmes photographes », j’ai aussi une pensée particulière pour Leïla Alaoui, talentueuse photographe, victime des attentats à Ouagadougou. Elle donnait à voir, et mettait en valeur l’humanité dans chacune de ses œuvres.

Et, lorsqu’une intellectuelle, une artiste, une penseuse… disparaît, alors disparait une petite part de notre humanité. Car la culture et la réflexion sont des armes, certes pacifiques. Mais des armes pour l’esprit et l’autonomie.

Plus qu’un simple objet de divertissement, la culture joue un rôle émancipateur.

C’est un vecteur d’ouverture de l’esprit, une incitation à la découverte. Inclusive et souvent avant-gardiste, elle invite à la rencontre de l’autre, de l’altérité.

C’est sa force. Et c’est aussi cela que les attentats ont essayé de détruire.

C’est la marche vers des sociétés plus justes qu’on a tenté de ralentir, voire d’anéantir. C’est notre capacité à vivre et à avancer ensemble qui ont été visées.

C’est, plus globalement, notre modèle français qu’on a tenté de déstabiliser.

Voilà pourquoi cette soirée, outre le symbole fort qu’elle représente, dans le choix du lieu, est également un message. Non, nous ne laisserons pas la peur s’installer. Non, aucun prétexte ne permettra de bâillonner les femmes. Au contraire.

Partout, dans tous les domaines, qu’ils soient culturel, économique, scientifique… les femmes ne cessent de prouver qu’elles ont, aussi légitimement que les hommes, leur place et le droit d’être leaders.

Que l’on se comprenne bien : lorsque nous parlons d’égalité réelle, nous disons seulement qu’il est temps de laisser leur place aux femmes, non pas parce qu’elles sont femmes mais pour leurs compétences, et leurs ambitions.

Et un monde du travail dans lequel chaque individu peut s’épanouir, progresser en fonction de ses compétences et pas de ce qu’il est, un monde du travail qui permet à chaque femme et à chaque homme d’articuler sa vie privée et sa vie professionnelle, un monde du travail où le féminin ne s’arrête pas à la porte des conseils d’administration ou du bulletin de paie, un monde du travail égal, ça change la vie.

Depuis 2012, nous avons initié des changements majeurs, allant dans ce sens :

La loi du 4 aout 2014 en premier lieu, a donné les moyens juridiques de faire tomber les barrières et de faire progresser l’égalité réelle. Dans tous les champs de la vie, elle a fixé des objectifs, à la fois ambitieux et réalistes. D’abord en agissant pour l’égalité professionnelle dans toutes ses dimensions : accès des femmes à l’emploi, égalité salariale, mixité des métiers, lutte contre le plafond de verre, articulation entre vie personnelle et professionnelle, développement de l’entreprenariat au féminin…

Et les résultats sont au rendez-vous. Même si nous devons encore redoubler d’efforts.

En France, les écarts de salaire diminuent deux fois plus vite que dans le reste de l’Union européenne. Parallèlement, près de 80% des grandes entreprises sont désormais couvertes par un accord ou un plan d’action en faveur de l’égalité femmes hommes. Quant à la féminisation des instances dirigeantes des grandes entreprises, elle arrive à des niveaux qui n’avaient jusque-là, jamais été atteints. Ces avancées nous placent désormais, concernant ce dernier point, au premier rang européen. Ce n’est pas rien.

Ces résultats, nous les devons à la volonté politique comme à la mobilisation de tous.

Ils prouvent bien que, dans le champ professionnel, l’égalité ça change la vie.

Mais cette marche ne peut être fragmentée, elle ne peut se satisfaire d’avancées qui seraient limitées à des domaines en particulier. C’est pourquoi outre le combat primordial pour l’emploi et l’égalité salariale, j’ai tenu à accentuer la lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes.

Nous voulons une société dans laquelle aucune femme ne rentrerait chez elle le soir en ayant la « boule au ventre », une société dans laquelle la sphère domestique cesserait d’être synonyme pour certaines femmes de harcèlement, de coups et de viols. L’égalité dans les rapports personnels, intimes, l’harmonie dans les relations entre les individus, ça change la vie

Mieux protéger les victimes, prévenir la récidive, former tous les personnels au contact de ces femmes, leur donner la possibilité de conserver un toit, de garantir les impayés de pension alimentaire, de généraliser sur l’ensemble du territoire le Téléphone Grave Danger pour les femmes menacées de mort par leur conjoint ou ex compagnon …

Chaque question a été pensée, discutée. Chaque décision a été jugée à l’aune d’un seul critère : est-elle utile ? Fait-elle progresser les droits ?

Sur tous les fronts, nous avançons et nous luttons. Pied à pied, secteur après secteur. Le travail transversal, mené avec les autres ministères, permet que l’égalité réelle soit au cœur de leurs politiques, du numérique à l’agriculture, de l’écologie à la culture. Je ne vous cache pas que ce chemin n’est pas fait que de lignes droites et de sentiers plats. Il est aussi escarpé. Mais cela ne m’arrête pas, ne me décourage pas.

Cette revendication d’égalité, le Gouvernement la porte également à l’international. Car les droits des femmes doivent être défendus, partout. De la même manière.

Vous savez le succès pour lequel la diplomatie française a été unanimement saluée. Je veux parler de la COP21.

Là encore, notre pays a œuvré pour inscrire l’égalité femmes-hommes au cœur des principes de l’accord de Paris, un accord historique. Parce que là encore, agir dans des cercles diplomatiques feutrés peut paraitre abstrait, mais cela a des conséquences. Une ligne sur un accord, cela devient un accès à l’éducation pour des milliers de jeunes filles, une poignée de main peut aboutir à l’accès aux droits sexuels et reproductifs pour des milliers d’autres, l’engagement de pays peut se traduire par le travail, le développement et l’autonomie pour des millions de femmes. Oui, la diplomatie de l’égalité et des droits des femmes change la vie de sociétés entières.

Les droits des femmes sont indivisibles. Ils concernent tous les niveaux, du domaine professionnel à la vie privée, dans son équilibre, dans son intégrité. Pas de découpage, pas de sélection à la carte.

Je veux d’ailleurs saluer la mobilisation de toutes les associations féministes qui, avant les évènements de Cologne, se battaient déjà, souvent seules, parfois moquées, dénigrées, face au tabou et au silence quand elles dénonçaient et combattaient viols et violences.

Alors, lorsque je vois un parti extrémiste et populiste s’inquiéter du devenir des droits des femmes, face aux effroyables événements de Cologne, je me dis que le cynisme et l’opportunisme de cette formation politique n’ont pas de limites.

Nous ne sommes pas dupes, nous ne devons pas l’être : les élus de cette formation politique, au Parlement européen ou par le biais de ses représentants français à l’Assemblée nationale et au Sénat, votent systématiquement contre toutes les lois, tous les dispositifs nous permettant d’engager les combats contre les violences faites aux femmes, ou pour l’égalité professionnelle, pour ne parler que de ces deux sujets fondamentaux.

C’est une injure faite à plus de la moitié de la population française.

C’est une injure faite à plus de la moitié de l’humanité.

C’est pour cela que je me bats. Inlassablement. Car je crois aux valeurs qui fondent notre République, et lui permettent d’affronter les soubresauts de l’histoire sans s’y noyer ou perdre son identité. Sans diviser ou sélectionner de manière opportuniste. Car, je vous le dis, dans la mission qui est la mienne au quotidien, je dois faire face à toutes sortes de dérives, qu’elles soient extrémistes, populistes ou obscurantistes. Des dérives qui attaquent les femmes, frontalement ou de manière plus insidieuse, tant d’un point de vue professionnel que personnel.

Nous sommes face à de nombreux défis. Lorsqu’on est à la hauteur des enjeux, on ne capitule pas, on se bat. C’est notre responsabilité.

Ces valeurs, que je porte, que nous portons, ce sont les valeurs républicaines de Liberté, d’Egalité et de Fraternité. Sans oublier la laïcité.

Ces derniers temps, j’entends beaucoup de discours, sur la laïcité. Et je voudrais rappeler une évidence : la laïcité, ce n’est pas, comme certains voudraient nous le faire croire, un dogme strict ou une notion à géométrie variable. Non, la laïcité c’est la liberté laissée à chacune et chacun de croire ou de ne pas croire. C’est la garantie d’une liberté de conscience et de culte.

La garantie que chaque être humain, individuellement et dans sa vie privée, est maître de ses choix. C’est aussi le respect de nos lois républicaines, qui régissent ce principe de laïcité.

C’est notre rempart. La remettre au centre de nos valeurs est primordial car elle est le principal fondement du vivre ensemble. C’est elle qui nous unit, dans nos différences.

Régulièrement sujet de débats et de tentatives de remises en cause plus ou moins grossières, la question de la laïcité n’est pas nouvelle. Elle exige de nous un combat permanent.

Défendre les lois républicaines face à certaines dérives extrémistes, religieuses ou politiques est un enjeu majeur pour notre société.

Sur cette question, comme sur d’autres concernant les droits des femmes, ma méthode de travail est simple : elle allie la co-construction et la réflexion à la décision et à l’action.

C’est cette méthode qui m’a conduite à lever à un autre tabou : le harcèlement dans les transports publics. Et plus généralement, la place des femmes dans l’espace public.

Les femmes doivent pouvoir aller et venir où elles le souhaitent et quand elles les souhaitent. Aucun territoire ne doit leur être interdit. Elles doivent être respectées à chaque instant.

Et je crois que nous serons toutes et tous d’accord sur ce point : nous ne voulons pas que l’on nous ferme la bouche. Comme cela a pu être le cas pendant plusieurs siècles.

Car ici ou ailleurs, vouloir faire taire les femmes, c’est atteindre leur liberté. Cela est inacceptable. Une société n’est libre que si chaque femme est libre d’aller et venir, sans craindre pour elle, sans endurer l’insulte ou le harcèlement. Cette liberté de se déplacer sans être confrontée aux agressions sexuelles, elle change la vie, au quotidien.

Le plan de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports publics est important. Premier plan à envergure nationale, il constitue un commencement. C’est en effet le fruit d’un travail collégial et d’une prise de conscience. Il y avait urgence à réagir. C’est ce que nous avons fait et c’est ce que nous continuerons à faire.

Dorénavant, il n’y aura plus de tolérance, plus d’indifférence.

A travers trois axes – prévenir, réagir et accompagner-, nous avons donné les moyens aux femmes d’être plus en sécurité. Mais nous avons aussi donné les moyens à tout un chacun de réagir, de ne plus être ni passif, ni indifférent.

Aucune violence ne doit rester impunie. C’est pourquoi il est important que soit votée la proposition de loi contre le système prostitutionnel, en luttant contre les trafiquants, en responsabilisant les clients, et en accompagnant les victimes de la prostitution, qui ne doivent plus être considérées comme des criminelles.

Car non, la prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde. Par contre, c’est certainement une des plus vieilles violences infligées aux femmes. Et permettre aux hommes d’acheter, c’est permettre aux réseaux d’exploiter et de vendre des êtres humains.

Ce ne sont pas les femmes, les ennemies de la démocratie. Ce ne sont pas les femmes qui, à travers les revendications d’égalité, mettent notre schéma de société en péril. Arrêtons d’essayer de nous faire croire n’importe quoi !

La vigilance, elle doit aussi s’opérer sur les messages que nous renvoie la société. Une France dans laquelle on ne serait pas exposés toute la journée, sur tous les espaces à des messages assignant les hommes à la voiture et les femmes à l’aspirateur, une société où le rose et le bleu ne sont pas assignés ad vitam aeternam aux filles et aux garçons, une société où chacun est tout simplement libre de ses choix parce qu’il est l’égal de l’autre, ça change la vie.

C’est pourquoi j’ai décidé de faire de la lutte contre les stéréotypes sexistes une priorité en 2016.

Car tant que des messages et des publicités sexistes auront pignon sur rue ou sur écran, c’est tout le travail en faveur de l’égalité et contre les violences qui sera impacté. En effet, la lutte pour une société plus juste entre les femmes et les hommes ne peut être entachée par des messages véhiculant le mépris, sous couvert d’humour ou de parodie, du corps et de l’intelligence des femmes. Comment admettre que pour vendre, il faille instrumentaliser, rabaisser les femmes ? Nous ne manquons pas d’humour, par contre nous exigeons le respect.

Je souhaite que ce travail se fasse avec les professionnels. Et, si cela n’est pas possible, il se fera néanmoins. Cela n’est pas négociable.

Vous le voyez, beaucoup a été accompli. Et beaucoup reste encore à accomplir.

Car les femmes ne peuvent pas être soit ignorées, soit utilisées.

Mais à bien y regarder, ces deux tendances, aussi contre productives l’une que l’autre, ne datent pas d’aujourd’hui.

Le passé officiel a trop souvent des amnésies sélectives, lorsqu’il s’agit de raconter l’histoire, la grande et les myriades de petites qui la composent. Le kaleïdoscope de ces femmes nous le prouve, une fois encore.

A nous d’écrire et de transmettre l’histoire, celle que nous vivons et celle dont nous avons héritée. Dans ses luttes, ses victoires, ses questionnements et ses avancées.

L’exposition « Qui a peur des femmes photographes » sera décrochée demain. Mais pendant plusieurs mois, chaque visiteur, chaque visiteuse, aura pu mesurer que les femmes, quelles que soient les époques, n’ont pas attendu qu’on leur octroie des droits, mais sont bel et bien montées en première ligne pour les obtenir.

Je ne peux que me réjouir de telles initiatives. Car elles donnent, au-delà d’un enrichissement culturel, l’image de femmes professionnelles, résolument en prise avec leur temps. Elles portent un éclairage sur toute une époque. Elles envoient, par là même, un message capital, primordial : aucun métier n’est interdit aux femmes, même si on essaie encore aujourd’hui de nous le faire croire. Aucune compétence n’est inatteignable pour les femmes, pour peu qu’elles y croient.

Mes paroles ne sont pas seulement des mots, elles ne véhiculent pas seulement des convictions. Elles se fondent sur un travail, mené depuis 2012 par la volonté du Président de la République et des deux Premiers ministres successifs, pour qu’enfin, l’égalité soit réelle et non plus théorique.

Je voudrais enfin profiter de ce moment pour vous remercier toutes et tous qui, dans les institutions, les associations, les entreprises, le milieu culturel… vous investissez à mes côtés, à nos côtés. Je souhaite vous dire combien votre soutien nous est précieux, combien il nous aide dans nos combats.

Faire changer les mentalités, donner toute leur place aux femmes, partout : voilà notre ambition. Voilà notre travail quotidien.

A l’image de Tina Modotti, femme photographe des années 20, engagée, militante révolutionnaire, résistante, artiste et libre, nous continuerons à faire progresser les droits des femmes. A faire entendre leurs voix. C’est un mouvement qui est en marche.

Allez donc à la rencontre de ces femmes de talent, qui par leur regard et leur volonté, ont ouvert les voies, fait entendre et donné à voir ce qu’on essayait de nous cacher.

Je vous souhaite une belle année 2016 et je sais pouvoir compter sur vous pour qu’ensemble, nous fassions, encore et toujours progresser les droits des femmes.

L’égalité, c’est le sens de l’histoire. L’égalité ça change la vie.